Election 1 – critique de film (extrait d’un dossier de Licence 3 de cinéma)

March 22, 2010 at 10:49 am Leave a comment

Voilà ma critique du film “Election 1” de Johnnie To, issue de mon dossier critique réalisé en Licence 3 de cinéma.

Affiches Election 1

Chasse au sceptre sans merci

Dans la campagne chinoise ensoleillée, deux hommes se battent pour s’approprier un vieux sceptre : le plus jeune est debout et frappe son adversaire qui lui répond par un commandement de la Triade pour chaque coup qu’il reçoit. Puis ils reçoivent chacun un coup de fil et se découvrent désormais alliés. Ils s’excusent et repartent ensemble avec le sceptre. Ces deux hommes sont deux hommes de main de la Triade Hong-Kongaise Wu Lo Sing et le sceptre est le symbole du pouvoir qui est conféré à son nouveau  Délégué Général. Il s’agit de l’une des scènes mémorables d’Election 1 (“La Triade”), premier volet du diptyque Election du talentueux Johnnie To.

Les deux volets du diptyque, sobrement intitulés “Election 1” (“La Triade”) et “Election 2” (“La Triade 2 : le temps de l’Unité”) ne sont sortis qu’à une semaine d’intervalle dans les grandes villes de France en ce début de janvier 2007, après leurs passages aux festivals de Cannes 2005 (en compétition) et 2006 (hors compétition). Les deux volets, et surtout le second, ont attiré les foudres de la censure chinoise, très virulente, lors de leur sortie dans leur pays d’origine.

Réalisateur connu en Occident depuis quelques années grâce à des films comme The Mission, polar considéré comme l’un de ses meilleurs films, Breaking News (Cannes 2004), dont on retient surtout le long plan-séquence d’ouverture révélateur d’une grande maîtrise technique, ou plus récemment PTU, Johnnie To est considéré par certains comme le nouveau John Woo, comme celui qui donne un nouveau souffle au cinéma HK.

Election 1 nous entraîne dans les rouages corrompus de l’élection du nouveau Délégué Général de la seule Triade au système vaguement démocratique plutôt que monarchique. Le candidat finalement déchu, Big D, tentera de se rebeller contre le système en confisquant le sceptre du pouvoir, ce qui enclenchera une vaste chasse au sceptre, caché en Chine continentale, et tous les moyens seront bons pour s’en emparer.

Un film de mafieux HK pas comme les autres.

Attention, Election 1 n’est pas un film de mafia classique : ceux qui s’attendent à des scènes de baston chorégraphiées ou à des gunfights à n’en plus finir risquent d’être déçus, car il n’y en a tout simplement pas : ici, la violence est bien plus bestiale que poudreuse, comme lors de cette scène dans laquelle Big D fait enfermer les oncles qu’il avait payé pour voter pour lui dans des boîtes en bois et les fait rouler à maintes reprises du haut d’une colline, avant de les lâcher sur la route, ensanglantés. Dans la Triade, on se tranche, on se bat à mains nues, à l’arme blanche, avec tout ce qui tombe sous la main, ce qui donne une vision bien plus réaliste et cruelle que les voltiges câblées, censées en mettre plein la vue,  d’un bon nombre de films. La violence est brute, rapide ou répétitive, viscérale, sans pour autant être insoutenable.

Plutôt avare en scène de violence pour un film de ce genre, Election 1 est rempli de scènes de discussions : une bonne partie du film nous permet en effet de suivre les débats des oncles qui les mèneront au choix de Lok (le second candidat), ainsi que diverses discussions révélatrices des relations et positions de pouvoir entre les différents membres de la Triade que l’on va suivre sur les deux films. Cependant, le film en devient un peu trop « bavard » par moments, au risque de perdre l’attention du spectateur.

Le thème abordé par Election 1 peut surprendre au premier abord : des élections au sein de la Triade ! C’est bien le dernier endroit où l’on s’attendrait à voir des élections ! Ce point est d’autant plus intéressant qu’il est véridique : Johnny To a tenu à se documenter avec précision, notamment auprès de vrais gangsters appartenant à cette Triade, afin de traiter son sujet de manière juste, même s’il n’a bien évidement pas retranscrit à l’écran tout ce qu’il a apprit. Le résultat est un film bien documenté, dans lequel on retrouve une reconstitution du type de rituel qui avait lieu depuis des siècles au sein de la Triade.  Ce film apporte un nouveau regard sur la Triade vue de l’intérieur, donnant ainsi à voir des choses jusque là jamais vues au cinéma.

Prêts à tout pour le pouvoir. Un film politique.

Si Lok, marié et père d’un fils, apparaît comme calme, posé, réfléchi, son rival Big D est tout son contraire, exubérant et nerveux. Pourtant, on découvrira que Lok est capable d’une grande violence pour conserver le pouvoir sous ses apparences calmes, particulièrement dans la scène finale du film (et ensuite dans le second volet). Et c’est bien là ce que montre entre autres le film : quand il s’agit d’avoir le pouvoir, tous ces hommes sans exception sont capables des pires atrocités. Et cela va plus loin que les conflits verbaux de nos chers politiciens : ces candidats là n’hésitent pas à torturer et tuer, en plus de la corruption, quand ils n’essaient pas de discuter pour que tout fonctionne au mieux, pour éviter d’être trop embêtés par les autorités. Cette dualité est l’un des principaux intérêts du film.

On pourrait reprocher à Johnny To un manque d’originalité dans le traitement plastique ainsi que dans les mouvements de caméra, mais on peut déjà le remercier d’avoir évité le maniérisme et la lourdeur de certains films du genre. La caméra navigue avec fluidité entre l’espace sombre et enfumé des discussions et l’espace extérieur de la chasse au sceptre, même s’il faut reconnaître que Election 1 ne restera pas dans les mémoires pour sa maîtrise technique, mais plutôt pour son thème (et encore).

Si Election 1 présente un certain intérêt de par son thème, le second volet est tout aussi voire plus intéressant, explorant à travers le personnage de Jimmy les problèmes actuels, avec quelques scènes particulièrement marquantes (celle dans le chenil et la scène finale). Johnny To confirme donc bien ici son statut de cinéaste Hong-kongais de renom, même s’il ne signe pas là son meilleur film.

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